Réussir l’épreuve orale

Avant le jour J et l’heure H, quelques  conseils pour réussir aux mieux votre prestation orale.

1° Ressembler (un peu) au jury et le jury vous ressemblera

N’avez-vous jamais fait l’expérience suivante ? Quelqu’un vous sourit (la vendeuse, un commerçant) et aussitôt vous êtes plutôt enclin à faire de même. Inversement, le garçon de café vous snobe manifestement: vous n’avez pas l’intention de lui rendre une quelconque politesse et encore moins de laisser un pourboire. Le genre humain est ainsi: il a tendance à imiter ce qu’il voit et à reproduire l’attitude à laquelle il est confronté. Un oral de concours n’est pas si différent de la vie quotidienne sur ce point: le jury vous ressemblera. Si vous êtes agressif (gentiment), le jury vous démolira; si vous êtes taiseux, le jury s’ennuiera et posera de moins en moins de questions; si vous esquivez constamment les questions, le jury vous contrera par encore plus de questions. Vous êtes dans une relation miroir…

Conclusion: posez-vous la question”qu’aimerais-je avoir comme jury ?”. Bien sûr, même en faisant beaucoup d’efforts, vous n’êtes pas sûr(e) que le jury agira à votre image. Mais tentez l’expérience. Le candidat est aussi (un peu) responsable de la réaction du jury. Si vous voulez un jury coopératif, soyez donc ouvert, prêt aux questions: confiant et non exclusivement sur la défensive.

2° Préparer votre discours

Un oral, c’est 50 % d’acquis avant même d’entrer dans la salle d’oral.

Oui, cela décourage peut-être, mais c’est assez près de la vérité. Soyez réaliste: on n’est plus à l’ère de l’improvisation. S’il faut rester naturel, il est évident que sans travail préalable, la tâche va être dure. Pourquoi ? Parce que même pour les concours de catégorie B, cela fait longtemps que les bac +5 battent le pavé de pied ferme. Les connaissances sont de plus en plus encyclopédiques (même s’il faut relativiser…notamment au regard des fautes d’orthographe) chez les candidats.

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si la réforme des concours depuis 2007 a privilégié les épreuves de méthode: impossible de potasser la veille pour le lendemain; si l’on ne s’est pas entraîné, c’est vraiment très difficile de réussir le jour de l’épreuve. Autant, à une belle époque, vous pouviez réviser un chapitre en économie ou en droit civil et tout parier dessus, en faisant l’impasse sur le reste, et décrocher la timbale parce que, coup de chance, le sujet de votre épreuve, cette année-là, était justement celui concerné par le chapitre révisé, autant une épreuve de méthode laisse peu de chances.

Soit vous avez maîtrisé les étapes qui conduisent systématiquement à un résultat, soit vous découvrez l’épreuve le jour du concours ou plus exactement, vous appliquez pour la première fois un semblant de méthode ce jour là, c’est-à-dire trop tard. Bref, vous l’avez compris, aujourd’hui plus qu’hier, les concours se professionnalisent et les jurys demandent moins de candidats aux connaissances étendues que des candidats qui savent raisonner et appliquer une méthode.

Comportement identique à l’oral. Le jury attend certes de vous un minimum de connaissances. Mais il attend une maturité.

Celle-ci s’exprime par un minimum de confiance vis-à-vis des questions. Or votre confiance repose en partie sur votre travail antécédent: ce savoir de base (l’administration dans laquelle vous postulez, les réformes en cours, l’actualité de la semaine voire du mois précédent…), vos motivations, votre capacité à démontrer l’adéquation entre votre parcours et le concours passé, votre vision de l’administration, vos valeurs, votre engagement, vos intérêts.

Vous l’avez compris: il faut avoir réfléchi à tout cela AVANT. C’est pour cela que nous disions que l’oral se joue à 50 %…avant l’oral. Quand on dit “avoir réfléchi”, ce n’est pas précis: il faut aussi avoir appris à l’exprimer de manière concise. L’expression “se vendre” est affreuse et nous ne l’emploierons pas: disons qu’il faut vous “mettre en valeur”. Pour cela, vous devez être capable en deux phrases de résumer votre passion pour l’escalade, votre intérêt non feint pour la procédure de tierce opposition. Sans “euh…”, sans “bah…”, vous devez pouvoir exprimer vos fameuses “trois qualités” et “trois défauts” que le jury vous demandera de citer.

Conclusion: un oral se prépare en imaginant les questions susceptibles d’être posées et autant en s’interrogeant sur ce que l’on veut et ce que l’on apporte.

3° Présenter votre discours

“Mort par powerpoint”: c’est ainsi que les militaires américains, nous apprenait Le Monde récemment, plaisantent à propos de ces réunions d’informations entre haut gradés au cours desquelles d’ennuyeuses présentations sont projetées. Il y a beau y avoir de l’image, des couleurs, des animations, du son, les militaires s’ennuient ferme.

Souhaitez-vous ennuyer le jury ? Non bien sûr. Alors une fois de plus posez-vous la question miroir: qu’aimeriez-vous en tant que membre de jury avoir comme présentation du parcours du candidat ? Un déroulé chronologique ou un exposé par compétences ? Un fac-similé du dossier que le jury a sous les yeux ou une nouvelle présentation orientée autour de vos qualités / domaines “de compétence” ou d’intérêt ?

4° De la précision mais pas en tout

En règle générale, il est préférable d’être précis: vos lectures, vos diplômes, leurs mentions, les réponses à des questions simples (date de la dernière réforme constitutionnelle…). Mais pour le poste brigué à ce concours et a fortiori dans les années à venir, prudence ! Vous n’êtes même pas admis au concours ! Souvent d’ailleurs, la question « comment vous voyez vous dans 5/ 10 /15 ans » est un piège pour savoir si vous vous imaginez avoir réussi l’oral. En fait, il faut commencer par déminer en posant le principe que vous avez bien conscience qu’il faut d’abord réussir la présente épreuve. Aussi, faut-il être précis sur le domaine qui vous intéresse, mais ne vous focalisez pas sur le poste précis. Bien entendu, il faut avoir réfléchi au fait que ce domaine en question existe peut-être dans le privé, alors forcément on vous posera la question, « pourquoi entrer dans la fonction publique pour exercer telle compétence que vous pourriez exercer tout aussi bien dans le privé ? ».

5° Les choses les plus simples sont les plus difficiles

Ne croyez pas que le plus déstabilisant vienne de rudes questions de finances publiques sur les rôles d’ordonnateur et de comptable au travers de la LOLF. Ainsi, une question typique au concours des IRA est tout simplement: “pourquoi avez-vous choisi l’IRA de Bastia / Lille / Lyon / Metz / Nantes ?”. Pour la fonction publique territoriale, ce sera « pourquoi attaché / rédacteur territorial ? »